Cahiers de la mémoire

En voulant transmettre la Mémoire de la période 1933-1945, l’asbl entend faire réagir les consciences face à ce qui fut un outrage à la dignité humaine et à la vie.
Dans cette perspective, HCD s’efforce de créer des instruments pédagogiques et didactiques aux bases historiques solides, adaptés à des publics d’âges différents, afin de reconstituer l’Histoire et de transmettre la mémoire d’événements historiques comme processus d’éducation citoyenne, de socialisation et de conscientisation.

En effet, l’histoire nous plonge dans un passé en rupture avec le présent, il faut donc lui donner un sens actuel afin de pouvoir toucher les plus jeunes et réaliser une preuve tangible et durable de ce passé pour que l’on en conserve la trace et en tire des enseignements pour tous.

Le but du projet « Cahiers de la Mémoire » est de prolonger le travail de mémoire par un effort constant de transmission. La diffusion de la Mémoire est destinée à faire prendre conscience aux générations qui ne l’ont pas vécue de ce que fut la période 1933-1945 en Europe, particulièrement chez nous, afin de susciter une réflexion et une attitude de vigilance à l’égard de tout ce qui a pu y conduire et pourrait y mener à nouveau.

Il est donc nécessaire de dépasser le récit unique de l’Histoire avec un grand H pour arriver à une écriture plurielle d’histoires comme outils de construction où chaque individu et chaque témoignage donneront une vision globale de ce qu’était cette époque.

Pourquoi maintenant ?

Le constat est simple, mais brutal, nous vivons une époque cruciale pour la Mémoire. Les témoins directs décèdent progressivement et cette disparition, aussi inéluctable soit-elle, ne doit pas entraîner celle de la Mémoire. En effet, cette dernière ne regarde pas seulement les déportés, elle nous concerne tous. En ce sens, la transmission de la mémoire devient un enjeu majeur.

Voir l’aboutissement de ce projet, c’est donner tout son sens à la Mémoire, à une mémoire qui ne commémore pas seulement le passé mais qui transmet pour l’avenir.

Si la disparition des témoins implique celle de l’expérience directe. Dès lors, comment échapper au désintérêt des jeunes générations ? Car, il y a toujours un danger d’ignorance pure et simple qu’il faut résoudre en diffusant auprès du plus grand nombre les informations essentielles concernant cette époque. Mais un autre péril guette la mémoire de la déportation, il consiste à croire que le sujet peut-être considéré comme quelque chose d’acquis une fois pour toutes. Le simple acte d’avoir étudié les faits historiques n’est pas suffisant, il faut que cela soit un parcours désiré et profondément personnel. Tout comme les parcours des témoins sont inépuisables et différents selon les individus, la mémoire doit rester une tâche infinie avec laquelle on n’en aura jamais terminé et qui touche chaque personne de façon individualisée.

Chaque jour décèdent les acteurs témoins résistants et/ou déportés, et avec leur disparition se profile un éloignement de la période. Consciente du caractère exemplaire des engagements des survivants et soucieuse de transmettre une expérience inspirée pour l’essentiel par des idéaux démocratiques, l’asbl souhaite faire participer les plus jeunes afin de pérenniser la mémoire au-delà de la génération de témoins et faire connaître les valeurs qui en sont issues.

Pour faire face à ce vraisemblable oubli, l’asbl HCD se doit, comme tous les hommes et toutes les femmes, de penser à une nécessaire évolution des formes de transmission de cette période. L’originalité du projet dont consiste autant à recueillir la parole de ces acteurs qu’à approfondir la réflexion des élèves sur les conséquences d’un régime totalitariste et sur la disparition de la démocratie, souvent considérée comme un bien acquis.

Le devoir de mémoire ne doit pas être sacralisé ni devenir un mode quasi-religieux ritualisé à outrance et surtout ne pas se faire ressentir comme une obligation lourde et difficile à gérer par les enseignants, mais comme une ouverture scolaire et civique adressée aux jeunes générations pour que l’épouvantable ne se reproduise pas.

La revendication mémorielle ne doit pas devenir un sport national, car le consensus et le politiquement correct banalisent le souvenir qu’ils sont censés rendre vivant.

Il faut donc laisser l’Histoire se faire accaparer par la Mémoire et par les médias, donner aux enseignants et aux élèves les moyens de travailler, de comprendre afin que cette histoire puisse vivre pour les générations qui viennent.

Il faut rappeler que l’Histoire et la Mémoire sont deux modalités différentes de rapport au passé, qu’il ne faut surtout pas opposer de façon manichéenne, et encore moins confondre. Elles doivent être complémentaires. En effet, la mémoire ne donne pas accès à la connaissance, car on ne peut pas se souvenir de ce que l’on ignore. L’Histoire doit établir les faits et la Mémoire les rendre tangibles et humains.

L’idée de l’asbl est de créer une valise pédagogique destinée à renouveler les méthodes et les pratiques éducatives, à développer le travail en groupe et à responsabiliser les élèves. Ce projet s’oriente vers le recueil de témoignages, l’écoute de la parole des témoins et suppose par conséquent une réflexion sur l’utilisation du témoignage comme source de connaissance.

Par ce concept, l’asbl souhaite donner aux enseignants la possibilité de combiner une pédagogie classique (projection de film, utilisation du manuel, cours), active (réalisation d’expositions, de dossiers par les élèves, visite de musée ou de site de concentration et d’extermination) et vivante (rencontre avec les survivants dans un moment unique et irremplaçable qui met en contact les élèves avec la réalité vécue par les témoins et qui les marque), tout en permettant aux pédagogues d’avoir accès à une source d’information complémentaire faite à la fois de textes, de sons, d’images, de films, de documentaires et de témoignages pouvant s’adresser aux adolescents et aux jeunes adultes. Les enseignants ne doivent pas se limiter strictement à enseigner l’histoire, ils doivent aussi être des relais de la mémoire, comme le souhaitent les témoins survivants, qui aspirent avant de disparaître, à leur passer le relais. A cette fin, l’asbl veut mettre sur pied des supports (audiovisuel et écrit) afin d’aider les professeurs dans ce rôle.

Nous ne voulons pas commémorer ou enseigner mais nous voulons commémorer et enseigner, en fournissant d’avantage de temps, de libertés pédagogiques, de moyens, de supports et d’aide aux enseignants. Car il y a le devoir de Mémoire mais aussi le devoir de savoir.

S’il est nécessaire de s’émouvoir sur le sort des victimes, il est crucial et beaucoup plus difficile de faire comprendre à quel point il est facile de se transformer en bourreau, et donc à quel point il faut toujours être vigilant. Il faut chercher à comprendre ce qui s’est passé et poser le problème brûlant des rapports et des différences entre notre société actuelle et celle de 1933-1945.

Connaître et agir en comprenant et prendre conscience de la distance qui nous sépare de cette époque et de ces expériences, c’est faire face à une certaine démesure, à ce qui n’est pas représentable.

Ce long cheminement, où la réalité cède à l’incrédulité, où l’objectivité à l’émotion, la raison à la douleur, ne laisse pas indemne. Le dépouillement des récits des témoins nous saisit, nous entraîne, hors de notre réalité.

Réalité qui par sa cruauté et son inhumanité a dépassé la pire des fictions. On a beau croire tout savoir car on a lu, vu et étudié, car depuis des années les médias n’ont cessé « d’entrer chez nous », on subit quand même le séisme qui nous marque. De cet ébranlement doit naître une conscience qui peut guider dans le présent et l’avenir notre conduite en tant que citoyen.

L’asbl HCD se veut et se doit d’être porteuse d’un projet de réflexion et de pédagogie, afin que la Mémoire soit « la sentinelle de l’esprit ».


 
 
 
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